Dans un contexte de renforcement de la surveillance des flux financiers transfrontaliers, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a rappelé et précisé les obligations des opérateurs économiques en matière de réglementation des changes au sein de l'espace UEMOA. Pour les entreprises établies au Bénin, ces dispositions revêtent une importance capitale, notamment dans le cadre de leurs relations avec des partenaires hors zone franc. **Cadre réglementaire applicable** La réglementation des changes dans l'espace UEMOA repose principalement sur le Règlement R09/2010/CM/UEMOA du 1er octobre 2010 relatif aux relations financières extérieures des États membres, complété par les Instructions de la BCEAO, notamment l'Instruction N°01/RFE/2011. Au Bénin, ces dispositions sont relayées par la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects ainsi que par la BCEAO Bénin, en coordination avec le Ministère de l'Économie et des Finances. Par ailleurs, les articles 764 et suivants de l'Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales imposent aux entreprises des obligations de transparence financière qui s'articulent avec les exigences de change. **Obligations de rapatriement des recettes d'exportation** Toute entreprise résidente au Bénin réalisant des opérations d'exportation de biens ou de services est tenue de rapatrier l'intégralité des recettes en devises dans un délai maximum de cent vingt (120) jours à compter de la date d'exigibilité du paiement. Le non-respect de ce délai expose l'entreprise à des pénalités pouvant atteindre 100 % des sommes non rapatriées, conformément aux dispositions du Règlement R09/2010. Les recettes doivent obligatoirement transiter par un établissement bancaire agréé domiciliataire de l'opération. **Formalités de déclaration et de domiciliation** Pour tout contrat commercial avec l'étranger d'un montant supérieur ou égal à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, une domiciliation bancaire est obligatoire. Cette formalité conditionne l'obtention de l'autorisation de transfert et doit être réalisée préalablement à l'exécution de l'opération. Les déclarations statistiques auprès de la BCEAO doivent être produites mensuellement pour les entreprises dépassant certains seuils de transactions. **Implications pratiques pour les cabinets d'audit et d'expertise comptable** Les professionnels du chiffre sont en première ligne pour accompagner leurs clients sur plusieurs axes. Premièrement, lors des missions d'audit légal ou contractuel, il convient d'intégrer systématiquement une revue des opérations de change dans les programmes de travail, en vérifiant la conformité des domiciliations, le respect des délais de rapatriement et l'exhaustivité des déclarations statistiques. Deuxièmement, dans le cadre des missions d'expertise comptable, les cabinets doivent s'assurer que les écritures comptables relatives aux opérations en devises respectent les normes IAS 21 sur les effets des variations des cours des monnaies étrangères, telles qu'adoptées dans le référentiel SYSCOHADA révisé. Troisièmement, au regard des obligations fiscales prévues par le Code Général des Impôts du Bénin (notamment les articles relatifs à la retenue à la source sur les paiements à des non-résidents), une vigilance accrue s'impose sur la qualification fiscale des transferts vers l'étranger. Enfin, les cabinets ont un rôle d'alerte sur les risques de requalification et les sanctions administratives et pénales pouvant découler de toute infraction à la réglementation des changes, y compris les poursuites pour fuite de capitaux prévues par le droit pénal des affaires OHADA.