Dans un contexte de renforcement de la surveillance des flux financiers transfrontaliers, la réglementation des changes au sein de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) fait l'objet d'une attention accrue de la part des autorités monétaires et fiscales. Pour les cabinets d'audit et d'expertise comptable exerçant au Bénin, la maîtrise de ce cadre normatif est désormais incontournable. **Cadre réglementaire applicable** Le régime des changes dans la zone UEMOA est principalement régi par le Règlement n° 09/2010/CM/UEMOA du 1er octobre 2010 relatif aux relations financières extérieures des États membres, complété par les Instructions de la BCEAO précisant les modalités pratiques. Au niveau national, le Bénin a transposé ces dispositions à travers la loi n° 2012-15 portant Code des changes, dont les décrets d'application encadrent les obligations déclaratives des opérateurs économiques. Le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, dans ses articles relatifs aux prix de transfert et aux revenus de source étrangère, croise directement ces obligations de change, notamment pour les dividendes, redevances et prestations de services facturées entre entités liées établies dans des pays différents. **Obligations de rapatriement : points de vigilance** Le Règlement UEMOA de 2010 impose aux exportateurs résidents de rapatrier intégralement les recettes d'exportation dans un délai maximal de 120 jours suivant la date d'exigibilité du paiement. Tout manquement expose l'entreprise à des pénalités administratives pouvant atteindre 100 % des sommes non rapatriées, conformément aux dispositions de contrôle de la BCEAO. Pour les transferts vers l'extérieur de la zone UEMOA, les flux supérieurs à 5 millions de FCFA doivent faire l'objet d'une déclaration préalable auprès de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP), accompagnée des justificatifs économiques de l'opération. **Implications pour les missions d'audit et d'expertise** Dans le cadre des missions d'audit légal ou contractuel, les praticiens sont tenus d'évaluer la conformité des flux financiers extérieurs de leurs clients au regard de ce dispositif. Plusieurs points méritent une attention particulière : la documentation des opérations intragroupes transfrontalières conformément aux exigences IFRS (IAS 21 sur les effets des variations des cours des monnaies étrangères), la vérification des domiciliations bancaires pour les contrats d'exportation et d'importation, ainsi que le traitement comptable des écarts de change latents et réalisés. Les cabinets doivent également alerter leurs clients sur les risques liés au non-respect des procédures de la CREMPF (Commission Régionale de l'Épargne Publique et des Marchés Financiers) pour les investissements directs étrangers et les émissions de titres. **Recommandations pratiques** Il est conseillé aux cabinets d'intégrer une revue systématique des opérations de change dans leurs programmes de travail, de former leurs collaborateurs aux dispositions du Règlement UEMOA n° 09/2010 et d'établir des check-lists de conformité change adaptées aux secteurs d'activité de leurs clients. Une coordination étroite avec les directions financières et les banques domiciliataires est indispensable pour sécuriser les dossiers documentaires. Enfin, en cas de régularisation, la BCEAO prévoit des procédures de déclaration spontanée qui peuvent atténuer les sanctions encourues.