Dans un environnement comptable en mutation accélérée, les cabinets d'audit et d'expertise comptable opérant au Bénin sont confrontés à une double exigence : maintenir la conformité au SYSCOHADA révisé, entré en vigueur le 1er janvier 2018 par l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière, tout en intégrant les évolutions des normes IFRS dont l'influence sur le référentiel régional est croissante. **Principaux amendements IFRS applicables en 2025** L'IASB a publié plusieurs amendements d'application obligatoire pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Parmi les plus structurants figurent : les amendements à IFRS 9 et IFRS 7 relatifs aux instruments financiers comportant des clauses de remboursement anticipé à compensation négative, les clarifications apportées à IAS 21 sur les effets des variations des cours des monnaies étrangères en cas d'absence de convertibilité, ainsi que les amendements à IAS 7 et IFRS 7 sur les informations à fournir dans le cadre des accords de financement des fournisseurs (supply chain finance). Par ailleurs, IFRS 18 « Présentation et informations à fournir dans les états financiers », adoptée en avril 2024, s'appliquera aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 mais nécessite une anticipation dès 2025 pour les entités publiant des états comparatifs. **Articulation avec le cadre réglementaire béninois et régional** Au Bénin, les établissements de crédit et les sociétés cotées à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) sont tenus d'établir leurs comptes consolidés selon les normes IFRS, conformément aux Instructions de la BCEAO et aux Directives de l'UEMOA, notamment la Directive n°07/2009/CM/UEMOA relative au Plan Comptable Bancaire révisé. Le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, dans ses dispositions relatives à la détermination du résultat fiscal, admet les retraitements IFRS sous réserve des retraitements extra-comptables prescrits aux articles relatifs à l'impôt sur les sociétés. Les cabinets doivent ainsi veiller à la correcte neutralisation fiscale des impacts IFRS 16 (contrats de location) et IFRS 9 (dépréciations sur pertes attendues) lors des liasses fiscales déposées à la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID). **Implications pratiques pour les cabinets** Premièrement, les missions d'audit légal portant sur des entités appliquant les IFRS requièrent une mise à jour immédiate des programmes de travail pour intégrer les nouveaux critères de présentation induits par les amendements à IAS 1 et IAS 7. Deuxièmement, les experts-comptables accompagnant des filiales de groupes internationaux doivent documenter les impacts de l'amendement IAS 21 dans un contexte où le franc CFA, bien qu'arrimé à l'euro, peut présenter des problématiques de convertibilité dans certaines transactions transfrontalières au sein de la CEDEAO. Troisièmement, la convergence progressive du SYSCOHADA vers les IFRS, pilotée par l'OHADA en lien avec l'IASB, invite les cabinets à former leurs collaborateurs aux concepts de juste valeur et de dépréciation sur pertes attendues, notions encore partiellement absentes du référentiel OHADA actuel. **Recommandations** Les cabinets sont invités à : actualiser leurs méthodologies d'audit et leurs outils de contrôle qualité, organiser des sessions de formation interne sur les amendements 2025, et anticiper dès à présent la transition vers IFRS 18 pour les clients concernés. Une veille coordonnée avec l'Ordre National des Experts Comptables et Comptables Agréés du Bénin (ONECCA-Bénin) est fortement recommandée.