Dans le cadre de leurs missions d'audit social et de conseil en ressources humaines, les cabinets d'expertise comptable intervenant au Bénin doivent disposer d'une maîtrise précise de la réglementation applicable au travail de nuit et aux heures supplémentaires. Ces deux régimes, encadrés par la législation nationale et les normes régionales, constituent une source fréquente de litiges et de redressements sociaux. **Cadre juridique applicable** Le Code du travail béninois (Loi n°98-004 du 27 janvier 1998) constitue le socle réglementaire principal. Il fixe la durée légale du travail à 40 heures par semaine pour les établissements non agricoles. Toute heure effectuée au-delà de ce seuil est qualifiée d'heure supplémentaire et donne lieu à une majoration obligatoire de salaire. Conformément aux dispositions en vigueur, les majorations applicables aux heures supplémentaires sont les suivantes : 15 % pour les 8 premières heures supplémentaires hebdomadaires, 35 % au-delà, 50 % pour les heures effectuées les jours fériés ou le dimanche, et 100 % pour les heures de nuit réalisées les jours fériés. Ces taux peuvent être revus à la hausse par les conventions collectives sectorielles ou les accords d'entreprise. Le travail de nuit, défini comme toute activité accomplie entre 21h00 et 5h00 du matin, est soumis à des conditions spécifiques : autorisation préalable de l'Inspecteur du travail pour les femmes et les jeunes travailleurs, registre spécial de suivi, et majoration salariale d'au moins 15 % du salaire horaire de base, sauf dispositions conventionnelles plus favorables. **Implications pour les cabinets d'audit et de paie** Lors des missions d'audit social ou de révision des états de paie, les praticiens doivent vérifier systématiquement : la conformité du décompte des heures supplémentaires et leur traitement en paie, l'existence des autorisations administratives pour le travail de nuit, l'intégration correcte des majorations dans le calcul des cotisations CNSS (taux employeur de 16,4 % et salarié de 3,6 % au Bénin), ainsi que le respect des dispositions des conventions collectives interprofessionnelles. Sur le plan fiscal, les majorations pour heures supplémentaires et travail de nuit sont intégrées dans la base imposable à l'Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) conformément au Code Général des Impôts (CGI) du Bénin. Aucune exonération spécifique n'est prévue à ce jour pour ces éléments de rémunération, contrairement à certains États membres de l'UEMOA. **Vigilance sur les risques de redressement** L'Inspection du travail et la CNSS ont intensifié leurs contrôles depuis 2024, notamment dans les secteurs de la sécurité privée, de l'hôtellerie, de la santé et de la logistique portuaire, grands utilisateurs de travail posté ou de nuit. Les cabinets conseils doivent alerter leurs clients sur les risques de rappels de cotisations, majorations de retard et sanctions pénales en cas de non-respect des obligations légales. Il est recommandé de mettre en place des outils de suivi du temps de travail conformes aux exigences légales et d'intégrer ces vérifications dans les programmes d'audit social annuels. **Références légales** - Loi n°98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail en République du Bénin - Décret n°2002-468 du 07 novembre 2002 relatif aux modalités d'application du Code du travail - Convention collective interprofessionnelle du Bénin - Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, édition 2024 - Règlement n°08/2002/CM/UEMOA portant harmonisation des législations du travail dans les États membres