**Contexte réglementaire** La prescription fiscale au Bénin est principalement régie par le Code Général des Impôts (CGI Bénin), dont les dispositions s'articulent avec les directives fiscales de l'UEMOA, notamment la Directive n°01/2009/CM/UEMOA portant harmonisation des législations fiscales des États membres. Le droit de reprise de l'administration fiscale béninoise (DGID) est soumis à des délais stricts que les praticiens doivent maîtriser pour conseiller efficacement leurs clients. **Les délais de droit commun** En application du CGI Bénin, le délai général de prescription du droit de reprise de l'administration est fixé à **quatre (4) ans** à compter de l'année au titre de laquelle l'imposition est due. Ainsi, pour les impôts dont le fait générateur est intervenu en 2022, la prescription est acquise au 31 décembre 2026. Ce délai s'applique aux principaux impôts : Impôt sur les Sociétés (IS), Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP), Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) et taxes assimilées. **Les cas de prorogation du délai** Le délai de droit commun peut être porté à **dix (10) ans** dans plusieurs hypothèses légalement prévues : activités exercées sans déclaration d'existence, dissimulation de revenus ou de bénéfices imposables, ou en cas de manœuvres frauduleuses caractérisées. Les cabinets doivent systématiquement vérifier l'existence de ces situations à risque lors de leurs missions de due diligence ou d'audit fiscal. Par ailleurs, tout acte interruptif de prescription (notification de redressement, reconnaissance de dette fiscale) remet intégralement les délais en cours. **Implications pratiques pour les cabinets d'audit** Premièrement, lors des missions d'audit légal ou contractuel, les praticiens doivent impérativement évaluer l'exposition fiscale résiduelle de l'entité auditée sur les exercices non prescrits. Cette analyse conditionne le provisionnement des risques fiscaux dans les états financiers, en conformité avec la norme IAS 37 sur les provisions et passifs éventuels, applicable dans le cadre des référentiels IFRS adoptés par les groupes régionaux. Deuxièmement, dans les opérations de restructuration ou de cession d'entreprise encadrées par l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, une revue fiscale (tax review) portant sur les exercices non prescrits constitue une diligence incontournable pour sécuriser la transaction et protéger l'acquéreur. Troisièmement, en matière de défense fiscale, le cabinet doit vérifier systématiquement la régularité procédurale des avis de vérification émis par la DGID, notamment le respect du délai minimum de prévenance prévu par le Livre des Procédures Fiscales (LPF Bénin), ainsi que la computation exacte des délais de prescription avant toute notification de redressement. **Recommandations** Les cabinets sont invités à mettre en place un tableau de bord de suivi des délais de prescription pour chaque client, à intégrer une clause de représentation fiscale dans leurs lettres de mission, et à former leurs collaborateurs aux procédures de contrôle fiscal de la DGID. Une veille régulière sur les instructions fiscales publiées par la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) est indispensable pour anticiper tout changement de doctrine administrative susceptible d'affecter les délais ou les procédures de contrôle.