Au Bénin comme dans l'ensemble de l'espace OHADA, l'année 2026 confirme l'intensification des exigences normatives pesant sur les cabinets d'audit et d'expertise comptable. Plusieurs évolutions réglementaires méritent une attention particulière dans la conduite des missions. **1. Acte uniforme OHADA sur le droit des sociétés commerciales (AUSC) : vigilance renforcée sur la gouvernance** L'AUSC révisé impose aux commissaires aux comptes et experts-comptables une vérification approfondie des dispositifs de gouvernance, notamment la composition des organes de direction, le respect des quorums et majorités en assemblée (articles 546 à 853 AUSC), ainsi que la conformité des conventions réglementées. Les cabinets doivent systématiser leurs procédures de revue des procès-verbaux d'assemblée et des registres légaux, sous peine d'engager leur responsabilité civile et pénale. **2. Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF) : interface avec les normes IFRS** L'AUDCIF, adossé au Système Comptable OHADA (SYSCOHADA révisé), exige que les comptes consolidés des grandes entreprises respectent les référentiels IFRS pour les groupes cotés ou à dimension régionale. Les cabinets béninois doivent maîtriser les points de convergence et de divergence entre SYSCOHADA et IFRS 15 (reconnaissance des revenus), IFRS 16 (contrats de location) et IAS 36 (dépréciation d'actifs), particulièrement lors de l'audit des filiales de groupes internationaux opérant depuis Cotonou. **3. Fiscalité béninoise : points de friction à surveiller lors des missions** Le Code Général des Impôts du Bénin (CGI 2024, tel qu'actualisé) maintient des dispositions sensibles pour l'audit fiscal. Les articles relatifs à l'Impôt sur les Sociétés (IS, taux standard de 30 %), la TVA (taux normal de 18 %), et les retenues à la source sur dividendes et prestations de services doivent être croisés avec les conventions fiscales bilatérales en vigueur. La DGI Bénin renforce ses contrôles sur les prix de transfert intra-groupe, conformément aux recommandations OCDE intégrées dans le dispositif national. Les cabinets doivent documenter rigoureusement les politiques tarifaires intragroupe de leurs clients. **4. Directives UEMOA : conformité prudentielle et reporting financier** La Directive n°02/2014/CM/UEMOA relative à la transparence dans la gestion des finances publiques et les règlements BCEAO sur le système de paiement impactent indirectement les missions d'audit des entités parapubliques et des établissements financiers béninois. Les cabinets doivent intégrer les normes ISA (International Standards on Auditing) dans leurs méthodologies, en cohérence avec les recommandations du Conseil Régional de l'Épargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF/UEMOA). **5. Recommandations pratiques pour les cabinets** Premièrement, mettre à jour les programmes de travail d'audit pour intégrer explicitement les vérifications OHADA obligatoires. Deuxièmement, former les collaborateurs aux spécificités de la fiscalité béninoise et aux arbitrages SYSCOHADA/IFRS. Troisièmement, renforcer les lettres de mission pour délimiter précisément le périmètre des diligences légales. Quatrièmement, documenter systématiquement les dossiers de travail conformément aux normes ISA 230 relatives à la documentation d'audit. Dans un contexte d'intégration régionale accélérée, la maîtrise simultanée du droit OHADA, de la fiscalité nationale et des normes UEMOA constitue un avantage compétitif déterminant pour les cabinets présents au Bénin et en Afrique de l'Ouest.