Dans le cadre de sa politique monétaire, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a annoncé en juin 2026 un réajustement de ses principaux taux directeurs, portant le taux minimum de soumission aux opérations d'appels d'offres à un niveau révisé. Cette décision, adoptée par le Comité de Politique Monétaire (CPM), vise à contenir les pressions inflationnistes persistantes dans la zone UEMOA tout en préservant la stabilité du système bancaire régional. **Contexte réglementaire applicable** La politique monétaire de la BCEAO s'inscrit dans le cadre des Statuts de la BCEAO révisés par le Traité de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) du 20 janvier 2007, ainsi que dans les orientations stratégiques de la Directive n°07/2010/CM/UEMOA relative au cadre de surveillance multilatérale. Sur le plan comptable, les entreprises béninoises sont soumises au Système Comptable OHADA (SYSCOHADA révisé, Règlement n°01-2017/CM/OHADA du 26 janvier 2017), qui intègre des dispositions alignées sur les normes IFRS pour le traitement des instruments financiers. **Implications pratiques pour les cabinets d'audit au Bénin** Premièrement, la révision des taux directeurs affecte directement les taux d'actualisation utilisés dans les tests de dépréciation des actifs non courants (goodwill, immobilisations incorporelles), conformément aux dispositions de l'IFRS 36 et aux articles 36 à 45 de l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit comptable. Les experts-comptables devront réévaluer les hypothèses retenues dans les modèles DCF (Discounted Cash Flow) de leurs clients. Deuxièmement, les contrats de crédit-bail et les dettes financières à taux variable devront faire l'objet d'une révision de leur juste valeur dans les annexes des états financiers, en application des prescriptions de l'IFRS 9 pour les entités appliquant les normes internationales, ou des dispositions du SYSCOHADA révisé pour les autres. Troisièmement, sur le plan fiscal béninois, les charges financières déductibles restent encadrées par l'article 12 du Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, qui limite la déductibilité des intérêts servis aux associés. Le réajustement des taux BCEAO pourrait modifier les comparaisons avec le taux de marché de référence, paramètre clé pour l'appréciation des prix de transfert intragroupe. **Points de vigilance pour les missions d'audit** Les commissaires aux comptes et auditeurs externes devront : - Vérifier la cohérence des taux d'intérêt appliqués dans les conventions de prêts intragroupe avec les nouveaux taux de marché issus de la politique BCEAO ; - Documenter rigoureusement les hypothèses d'actualisation retenues dans les notes annexes ; - Apprécier l'impact sur les ratios de couverture des dettes (covenants bancaires) pouvant déclencher des clauses de remboursement anticipé ; - Alerter les dirigeants sur les risques de continuité d'exploitation pour les entreprises fortement endettées à taux variable. **Recommandations** Les cabinets sont invités à actualiser leurs programmes de travail d'audit financier et à intégrer des procédures analytiques spécifiques portant sur la sensibilité des modèles financiers aux variations de taux. Une communication proactive auprès des clients sur les obligations déclaratives fiscales liées aux ajustements de valorisation est également recommandée, notamment dans le cadre des liasses fiscales DGI Bénin (formulaires IS et BIC).